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Adolescence

Mes années collège


Nous voilà donc à la fin des vacances, nous sommes en 1984, j’ai bientôt douze ans, mon entrée au collège pointe son nez. Je me sens totalement perdue, et ma découverte durant l’été n’a vraiment rien arrangé. De retour chez mes parents, je n’arrive plus à accepter ma condition, et du haut de mon âge, trouver une solution est très clairement impossible. Personnes n’est au courant de ce que je ressens, moi-même ne me l’explique pas, aucune idée sur comment aborder le sujet, bref c’est le néant le plus total…

Je ne me rappelle pas comment m’est venue l’idée, mais à quel moment j’ai pu croire que je pouvais résoudre un tel problème toute seule….. Fin août, mes parents sont tous les deux au travail, mes frères bien plus grand absent également, je suis assise sur la balancelle de la terrasse, et à ce moment, j’ai littéralement un dégout pour ce sexe qui m’a été assigné. Je vais alors prendre, je pense, la pire décision de toute ma vie…..

Je me rends dans le couloir de la maison, ouvre le secrétaire dans lequel se trouvent les affaires scolaires de mes frères, et j’en sors un cutter. Ensuite, je retourne sur la terrasse, baisse mon short. J’ouvre la lame, et dans un instant de folie, je tente de me sectionner ce sexe que je rejette. Forte heureusement, la douleur est si intense que je ne me coupe que très légèrement, mais en revanche, je saigne beaucoup sur le coup. Très vite mon slip est taché de sang, je pleure, j’ai mal, les minutes qui suivent, je voudrais tant que tout s’arrête, je reste totalement désespérée durant un bon moment……

Je finis tout de même par reprendre mes esprits, et prend vite l’ampleur d’un tel acte, je vais de suite dans la salle de bain, je sors de l’armoire le désinfectant, les pansements, me soigne du mieux que je peux….. Toutefois, il réside encore un souci, mon slip étant taché de sang, je ne peux donc pas le mettre au panier de linge, comment pourrais-je expliquer à ma mère le pourquoi !!!! Je me change et réfléchis à une solution, que comme d’habitude, je vais résoudre. Déjà à cette période, mes frères fument, et l’un d’eux utilise un briquet Zippo, en voyant le bidon d’essence, j’ai la solution. Je l’emporte avec moi dans le jardin, j’y dépose le slip, le recouvre d’essence et à l’aide d’un briquet, je le brule….. Il en reste quelques résidus que j’étale dans la terre. Ce jour-là, un vrai cauchemar !!! Je suis anéantie, j’ai pris conscience de ce QUI que je suis, je pleure, ENCORE !!! Je ne le sais pas encore, ce n’est que le début !!!


Arrive septembre, l’entrée au collège, très mal à l’aise en présence de monde, il y a foule rapport à mon ancienne école, je prends en pleine face cette nouvelle épreuve, je ne suis bien évidement pas prêt, et je fais tout pour me fondre dans la masse, me place en fond de classe pour n’y croiser que le moins de regards possible, m’effacer sera de mon point de vue à ce moment ma seule option. Je suis très souvent seule dans la cour, pas d’ami.e.s, personne ne m’invite à jouer, isolée socialement, mais ça me va très bien, du moins je fais avec. Cette première année reste malgré tout calme, j’ai vraiment peu d’ami.e.s, mais lors des conseils de classe, presque toujours les mêmes affirmations qui reviennent, « elle est tête en l’air, elle rêvasse, elle ne participe pas, ne s’implique pas », c’est certain, je suis déjà tellement perdue avec moi-même, que je n’arrive pas à me concentrer et obtenir un minimum de résultats, et bilan de fin d’année, premier redoublement bien sûr !!!

C’est reparti, les vacances, toujours pareil, Béziers durant la période où mes parents travaillent, retour à la maison et c’est reparti, deuxième entrée à l’école….. Le fait d’avoir redoublé me fait changer de groupe, personne ne me connait, les premières remarques arrivent, mais je ne me laisse pas faire, je me défends, et de ce fait, je vais me retrouver, malgré moi, au-devant de la classe. Sauf que cette année, celle-ci est relativement indisciplinée. Je vais de ce fait être pris dans un jeu qui me dépasse rapidement, et commence alors mes premiers écarts. Je les enchaine et deviens le trouble fait par excellence, mais en revanche, j’ai enfin des copains et copines pendant les périodes de cour, mes remarques font rire, et l’ambiance détendue pour ma part, je relâche la pression qui me trouble, mais continue encore et toujours à mettre les vêtements de ma mère quand, à la maison, je prends mon bain. J’ai beau tout faire pour essayer de faire abstraction à mes désirs, mais rien n’y fait, mes besoins me ramènent toujours au même point….. Je ne sais pas comment, mais je n’en fais pas une, mais arrive à passer en classe supérieure. Un signe, pas sûr… Bref !!!

L’histoire s’enchaine, se répète, je n’avance pas à l’école, mes parents très occupés font de leur mieux, entre le travail, la maison que gère ma mère, mon père photographe amateur à cette époque fait partie d’un club photos ce qui lui prend beaucoup de temps, il est peu présent, et comme si ce n’était pas suffisant, un de mes frères occupe une grosse partie de l’attention de mes parents du fait des bêtises qu’il cumule au quotidien, mon ainé et moi-même sont, sans le vouloir relayer au second rang. Troisième année, ça passe, redoublement encore….. Ça continue, aucune amélioration à l’horizon, mes angoisses toujours présentes, mes peurs d’être découverte, idem. Au fil de ces années de collège, j’ai, dans le lotissement dans lequel nous habitons, fait quelques connaissances, nous nous voyons régulièrement, faisons du vélo, des cabanes dans le bois à proximité des habitations, ils viennent régulièrement à la maison, et entrent sans forcément sonner à la porte, mais font savoir leurs présences en arrivant.

Quatrième et dernière année au collège, je fais des efforts, encore, toujours, j’ai totalement pris conscience de ma situation, je suis différente, je dois l’admettre, pas le choix. Cette impression de devenir folle, à ce moment, je le crois fort, je fais attention, très attention à ce que personne ne le découvre, mais c’est plus fort que moi, j’ai toujours ce besoin irrémédiable de me sentir fille, aucune information sur mon mal-être, MAIS POURQUOI !!!! Pourquoi suis-je comme ça, aucune réponse, aucun exemple à quoi me raccroché, mes angoisses se font de plus en plus présentes. J’ai quinze ans, l’avenir s’assombrit, le printemps arrive, mais ce qui doit arriver arrive, c’est ainsi !!! Mon ainé n’habite plus à la maison, mon second frère, non plus, suite à ses problèmes, mes parents l’ont envoyé chez mon oncle et ma tante à Béziers, ou il travaille désormais, une vieille tante à ma mère vie depuis quelque temps chez nous, elle est âgée, se déplace avec difficulté, mon secret, je le garde profondément au fond de moi, j’ai honte de qui je suis, et qui je suis, qu’est-ce que je suis, je n’arrive bien sûr pas à le définir.


C’est un mercredi après midi, que tout bascule, mon arrière tante est assise dans le salon, mes parents, absents, travaillent, j’ai la maison pour moi, enfin, c’est ce que je crois, je file dans la chambre de mes parents, enfile de la lingerie à ma mère, je m’observe devant l’armoire de cette même pièce, je me sens bien, belle, MOI. Alors que je profite de ce moment, un bruit, pas n’importe lequel, je le reconnais de suite, c’est celui de la porte d’entrée, je comprends immédiatement que je ne suis plus seule et à ce moment, je comprends également que j’ai commis une erreur, mes vêtements sont dans ma chambre, je n’ai de ce fait aucun moyen de me changer. On m’appelle, ce sont des garçons du lotissement qui viennent me chercher, je ne fais aucun bruit, et dans la panique qui me vient, j’essaie de quitter la chambre, pour regagner la mienne, mais en traversant le couloir, trop tard, je suis découverte…

Ils sont trois, je tente alors de rejoindre ma chambre coute que coute, leur réaction fut immédiate, deux d’entre eux courent dans ma direction, je tente de m’enfermée, mais ils sont bien plus fort que moi, arrivent à rentrer, je saute par-dessus le lit qui nous sépare et file en direction du salon, mais finissent par me rattraper. La suite est ma plus violente agression, coups, insultes, crachas, j’en passe… La troisième personne présente tente de s’interposer, en vain, la tante de ma mère aussi, elle crie, mais ne peut physiquement agir, le temps me parait interminable, la douleur ressentie, indéterminable à cet instant. Puis c’est fini, ça s’arrête, ils quittent la maison, moi, je reste au sol, en état de choc, ma seule réaction est de me mettre en boule, je tremble, je pleure, j’ai mal, SI MAL !!!!

Je mets un certain temps à reprendre mes esprits, j’observe autour de moi, pas un bruit, mon arrière tante est également en état de choc, elle me regarde, mais pas un mot ne sort de sa bouche, elle ne parlera d’ailleurs plus jamais de sa vie tant ce qui vient de se passer sous ses yeux a été violent. Malheureusement, l’histoire ne s’arrête pas là, je le pensais, mais pas du tout, le lendemain, toujours aussi traumatisée, j’arrive à l’école, je prends de suite l’ampleur de la situation et comprends que mon agression de la veille se sait déjà. Je ne suis pas encore rentrée que les premières insultes tombent. « C’est la tarlouse, c’est la pédale », ça rie, se moque ouvertement devant moi, me crache dessus, et nous sommes encore à quelques mois de la fin des cours, les portes de l’enfer s’ouvrent, ne se refermeront qu’aux vacances et avec la fin de mes études dans cet établissement.

Parmi les adultes qui m’entourent, aucune réactions, cette information va tout de même finir par arriver aux oreilles de mon père, qui la garde pour lui, ma mère ne le saura que bien plus tard par ma part. Que voulait-il protéger à ce moment, je ne le saurais jamais, sa seule attitude à cette époque sera de me prendre à part, de me faire une grosse leçon de moral, et me demande alors de me mettre au rugby, éh oui « c’est un sport d’homme ». Double peine pour moi, j’exécute ses ordres, ne pouvant faire autrement. Par « chance » quelque part, je me blesse gravement, et me retrouve dispensée de tout sport pour quelque temps, durant cette période, je quitte également mon collège, et à la vue de mes résultats plus que médiocre, j’intègre un internat dans une ville voisine à environ quarante kilomètres de notre domicile.

Moi qui souhaitais déjà faire de l’informatique à ce moment, je me retrouve en quatrième technologique mécanique engins travaux public, pas tout à fait ce que j’envisageais pour mon avenir, mais pas d’autre choix, ça me permet quoi qu’il en soit de tout quitter, de me faire oublier, repartir à zéro, je tire un trait sur cette histoire, et m’enferme plus que jamais sur moi-même, la douleur psychologique trop forte a exprimée. Contre toutes attentes, je me mets à travailler, le soir, nous avons une heure trente d’étude obligatoire pour nous autres internes, j’arrive à me faire quelques amis qui habitent, eux aussi, ma ville de naissance et sont dans le même dortoir que moi. L’un d’eux le restera jusqu’en 2012, mais à l’annonce de ma future transition, et de sa réaction, nous ne nous parlerons plus, je coupe tous liens avec lui définitivement. Tant bien que mal, j’arrive donc à m’intégrer à un groupe, jusqu’à l’obtention de mes diplômes en 1991. Quelques mois plus tard, à mon tour, je quitte le cocon familial, et part m’installer à Béziers pour y travailler.

Pas besoin de précision, mais lors de l’écriture de ce chapitre, mes mains ont tremblées, les larmes ont coulé, la période la plus noire de ma vie, mais osé en parler, m’aide à évacuer cette sombre histoire. J’ai fait un burn out de ce jour jusqu’à mes quarante ans, je vais passer plusieurs décennies à me sentir coupable de ce qui m’est arrivé, à juste titre, car encore une fois, le jour de l’annonce à ma famille, la réponse retourné n’était pas en ma faveur, « COUPABLE » jusqu’au bout, heureusement j’ai un jour décidé de dire « NON », « STOP ».

Je ferme avec beaucoup d’humilités ce chapitre, la suite, quand bien même compliqué, sera bien plus belle à mes yeux.

Bises, Sandy

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