Mes années primaires

Le questionnement
Du plus loin que je me souvienne, et jusqu’à ma préadolescence, j’ai toujours été une enfant calme, j’avais peu d’ami.e, restant souvent seule à jouer dans mon coin. À cette époque, mes parents ne se sont jamais vraiment inquiétés sur le comportement introverti que j’exprimais.
Mon plus lointain souvenir, remonte quand j’étais à l’école maternelle, hé bien évidement à cet âge-là, je ne me posais pas la question sur mon genre assigné, mais cet évènement va déclencher chez moi une interrogation, « pourquoi ?? »
Je suis donc en dernière année de maternel, c’est une belle journée ensoleillée, et tous les enfants jouent dans la cour. Au fond de celle-ci se trouve un petit bosquet, ou nous pouvons nous cacher du regard des adultes qui nous surveille. Durant cette pause, une fille me propose alors que l’on joue ensemble, et m’emmène près d’un grand buisson à l’abri des regards.
Je me rappelle très bien qu’elle porte une jolie robe.
À ce moment, et, à cet âge, en pleine découverte de nous-mêmes et de nos corps, elle lève sa robe, descend légèrement sa culotte, et je découvre ainsi son anatomie. Elle va me demander d’en faire autant, mais très gênée par la situation et bien trop timide pour m’exhiber ainsi, je refuse, et m’éloigne maladroitement et pars me réfugiée dans les toilettes. Je réalise parfaitement qu’il y a quelques chose de bien différent entre nous, et pour la première fois de ma vie, je vais me poser cette question, « pourquoi ».
L’année suivante, je rentre au cours préparatoire (CP), je suis dans la cour des « grands », et très vite, mes choix vont se porter vers les jeux de filles. Je préfère de loin jouer à l’élastique ou à la marelle avec elle, que jouer aux billes ou aux petites voitures avec les garçons.
Je vais en faire les frais rapidement, les premières moqueries vont de ce fait suivre. Je suis encore loin de m’imaginer ce qui provoque un tel comportement, mais je me sens très mal dans mon corps, je me referme de plus en plus sur moi-même, m’isole socialement, ne sachant trouver ma place ni d’un côté, ni de l’autre.
Je déclenche mes premières anxiétés, les années passent, se ressemble, j’essaie de faire des efforts considérables, mais rien ne parvient à me soulager dans mes angoisses qui me meurtrissent quotidiennement.
Durant cette période, un nouvel élément va à nouveau venir me remettre en question.
J’ai huit ans, nous habitons un lotissement proche de l’école, ce sont les fêtes de fin d’année, et mes parents invitent un couple d’amis et leur fille du même âge que moi à venir célébrer l’évènement à la maison. Eux aussi habitent le lotissement, je la connais, et la croise occasionnellement dans le quartier. Tout comme moi, elle est très calme. Alors que le repas dure, mes parents nous proposent d’aller jouer dans la chambre, ça leur évite surtout de nous avoir en plein milieu, ont s’exécute, et partons jouer ensemble.
Toujours aussi timide pour ma part, elle prend les devants, et nous nous mettons à jouer à la poupée qu’elle a apportée. Nous sommes toutes les deux assises par terre, les jambes écartées, je réalise alors très vite, pour la deuxième fois, que nous n’avons pas la même anatomie.
En effet, elle porte un collant, et je constate, à mon plus grand regret, que ce qui me définie, n’est pas du tout en accord avec ce que je ressens. Cet évènement va encore une fois déclencher chez moi des émotions bien trop dures à gérer.
C’est suite à ce moment, que je vais prendre conscience que mon esprit n’est pas en adéquation avec mon corps.
C’est certain, il y a un problème, mais comment en parler ?, À QUI ? en parler. Du haut de mes huit ans et d’une naïveté absolu, totalement introvertie, je vais me raccrocher à un leurre.
Depuis toute petite, les adultes qui m’entourent m’ont toujours dit qu’il fallait croire en ses rêves, et c’est là-dessus que pour quelque temps en tout cas, je vais me réfugier. Tous les soirs, quand mes parents me mettent au lit, et alors que je ne suis pas du tout croyante, je vais me mettre a priée, priée très fort, que la nuit m’apporte mon rêve, celui qui fera de moi au petit matin, à mon réveil, la petite fille que je sens vivre au plus profond de moi.
Je vais m’y raccrocher à en perdre le sommeil, mes nuits deviennent mes pires cauchemars, car bien sûr rien ne se passe, les mois, les années passent, je me sens de plus en plus mal, en total désaccord avec ce corps que je rejette.
J’ai grandi, je suis de plus en plus attentive aux discours qui m’entoure, nous sommes dans les années 80, et commence à comprendre les premiers propos homophobe, transphobe, qu’il m’arrive d’entendre.
La fin de l’école primaire approche, je suis en rejet de moi-même, je n’ai aucune solution à mon problème, personne de confiance avec qui en parler, de toute façon, je n’ai aucune assurance, cette grande sensation d’être un monstre de foire, je perds tous repères et l’entrée au collège qui se rapproche est encore moins rassurant. Cette peur invasive que quelqu’un découvre mon secret me ronge
Oui, j’ai peur et si !, et si !, et si !, des milliers de questions envahissent mon esprit, elles me suivront plusieurs décennies.
Les grandes vacances arrivent enfin, comme chaque année mes parents m’envoient chez mes grand-parents à Béziers, ma grand-mère est concierge dans un immeuble, mon grand-père travail à l’usine, mais aide énormément celle-ci dans ces tâches du quotidien, entre autres, c’est lui qui s’occupe des poubelles, qui, à cette époque, ne roule pas et sont relativement lourdes.
Je joue très souvent sous la fenêtre de l’appartement de fonction qu’ils détiennent, régulièrement, je m’invite chez une des locataires, je l’appelle d’ailleurs « mamie gâteau », et aime jouer à passer d’un bâtiment à l’autre, et dans les sous-sols de ceux-ci.
Je me suis fait un ami au fil des années, l’enfant d’un couple qui vie dans la résidence, il est très gentil, mais malgré cela, je n’aurais jamais le courage de lui avouer mes ressentis.
Une après-midi, alors que je joue au sous-sol d’un des bâtiments, je tombe, soigneusement cacher dans un recoin, sur une bonne dizaine de magazines, que mon grand-père a pris soins de se mettre de côté lors de ses collectes des ordures ménagères.
J’ai bientôt douze ans et ma découverte, va, une fois de plus, me confronté à moi-même. Et pour cause, ce sont des magazines playboy, exhibant des femmes, toutes plus belle les unes que les autres, là, c’est le choc ultime, du plus profond de moi-même, je souhaiterais tellement être comme elle, leur ressembler, être une fille tout simplement.
Malheureusement, le destin en a décidé autrement !!!
La fin des vacances approche, mes angoisses sont plus fortes que jamais, et ma future entrée au collège, me fait de plus en plus peur.
Je clôture ce chapitre pour le moment, il sera peut-être appelé à certaine mise à jour, et précision au fil de mes relectures.

